Les trilogies de la Biennale

Depuis sa création en 1991, je propose aux commissaires que j’invite de réfléchir à un mot à l’actualité brûlante, à l’usage fréquent, aux conséquences à la fois artistiques et sociétales, aux configurations vastes mais jamais précisément définies. Ce mot, voué aux interprétations les plus diverses, vaut pour trois Biennales.
De 1991 à 1995, j’ai choisi : « histoire », de 1997 à 2001 : « global », de 2003 à 2007 : « temporalité », et de 2009 à 2013 : « transmission ». Avec ces mots, c’est l’histoire, l’anthropologie et l’art qui se frottent au réel. Mais ces mots sont uniquement la base d’un dialogue entre les commissaires et moi, ils ne sont en aucune manière un « sujet » ou un « thème », ils sont juste un fil rouge en trois éditions et un mode d’exploration.

En 2009, j’ai confié à Hou Hanru le commissariat de la 1e édition née de la « transmission », elle s’intitulait : Le spectacle du quotidien. En 2011, j’ai confié à Victoria Noorthoorn la seconde édition qui s’intitulait : Une terrible beauté est née. En 2013, Gunnar B. Kvaran assure le commissariat de cette 3e interprétation qui s'intitule Entre-temps, Brusquement... Et ensuite. Gunnar B. Kvaran, partant du principe que « le monde est un récit », a choisi de réfléchir de façon littérale à la question de la transmission en s’intéressant aux différentes formes de récits visuels, et particulièrement aux récits dont la structure narrative est à la fois créative, significative et inédite.

La Biennale 2015 ouvrira une nouvelle trilogie autour du mot « moderne ». C’est avec ce mot que j’ai invité Ralph Rugoff à assurer le commissariat de La vie moderne, qui donne son titre à la Biennale. Cette Biennale invite par conséquent à parcourir en tous sens les chemins de la création contemporaine, des plus empruntés aux plus secrets. La randonnée est exceptionnelle, détonante, inquiétante quelquefois, mais irrémédiablement poétique et plus-que-créative. Rien d’étonnant à cela, puisqu’il s’agit de notre vie moderne. Emma Lavigne sera la commissaire de la Biennale 2017.

Thierry Raspail 
Directeur artistique de la Biennale de Lyon