1984 à 2016, 17 éditions

Guy Darmet fonde la Biennale de la danse en 1984, année de la première édition, en forme de numéro 0, ne faisant pas encore l’objet d’un thème, mais présentant les grands maîtres de la danse au XXe siècle (Martha Graham, Merce Cunningham, Paul Taylor, Roland Petit, Reinhild Hoffmann), la Biennale démarre en 1986 une trilogie consacrée à l’histoire de la danse, qui va recenser les grands courants de la danse occidentale.

Ainsi, en 1986, à l’occasion du 100e anniversaire de Mary Wigman, la Biennale lui rend hommage et réalise un focus sur l’expressionnisme allemand, autour des figures, entre autres, de Kurt Jooss, Suzanne Linke, Gerhard Bohner…
L’édition 1988, intitulée Quatre siècles de danse en France, explore les grandes pages de l’histoire de la danse en France, la naissance du ballet, le ballet à la Cour, Louis XIV, le roi danseur, et toutes les grandes étapes du ballet académique à la danse contemporaine, en plein essor depuis le début des années 80 (Roland Petit, Maurice Béjart, Dominique Bagouet, Maguy Marin, Daniel Larrieu…).

La Biennale 1990, consacrée à la modern danse américaine, et intitulée Un siècle de danse aux États-Unis, voit l’explosion internationale de la Biennale. C’est à cette occasion qu’Anna Kisselgoff écrit dans le New York Times : « Il y a beaucoup de festivals de danse en Europe, mais un seul compte : la Biennale de Lyon ». C’est la première fois qu’un festival de danse invite tous les grands créateurs américains, et montre toutes les grandes écoles qui ont nourri la danse au XXe siècle.

À partir de 1992, après avoir exploré le temps, et avoir pris le temps de montrer au public ces grands moments, ces grands mouvements, ces grandes figures qui ont façonné le visage de la danse contemporaine, la Biennale prend un virage et s’oriente vers des thématiques géographiques et géopolitiques, avec des thèmes liés à un pays, un ensemble géographique, un continent… en abordant ces rivages sous l’angle de la danse.
L’édition de 1992, Pasion de Espana, consacrée à l’Espagne, importe à Lyon ce sens de la fête que les Espagnols possèdent si profondément. Face aux chorégraphies contemporaines, persistent un grand nombre de traditions, et celle du flamenco en particulier. L’intérêt de cette Biennale est de montrer la force que peuvent avoir les traditions lorsqu’elles sont vivantes et non folklorisées.

Dédiée aux artistes africains, intérêt précurseur pour l’époque, la Biennale de 1994, Mama Africa, étudie les sources noires africaines de la danse à travers le monde. Elle présente quelques artistes venus d’Afrique mais évoque surtout comment le parcours des esclaves africains a généré le rayonnement de la culture noire africaine sur le monde en général, et celui de la danse en particulier. Les grands moments de celle Biennale seront la création de Still / Here de Bill T Jones, et la première présentation en Europe de Grupo Corpo.

C’est un véritable coup de foudre pour le Brésil, et la place considérable qu’il dédie à la danse, qui décide Guy Darmet à organiser une édition entièrement brésilienne en 1996, Aquarela do Brasil. Cette édition ancre de manière forte le caractère festif et populaire de l’événement, notamment grâce à l’invention du Défilé qui, conçu en 1996 pour sa première édition comme un événement unique, hommage au Carnaval de Rio et à l’action des écoles de samba, devient au final un événement clé de la Biennale de Lyon, et ne cesse de se développer depuis lors.

En 1998, la Biennale évoquera le bassin méditerranéen, dans son édition appelée Mediterranea. Pour évoquer ce territoire, hétérogène, traversé de conflits, de tensions, la Biennale choisit de parler de paix et montre que les mentalités, le rapport aux corps évoluent au sein de ce territoire. Les artistes israéliens constituent l’un des points forts de cette Biennale, qui voit notamment triompher la Batsheva Danse Company avec Anaphase, mais aussi Liat Ben Dror et Nir Ben Gal, et se révéler Brak Marshall et Inbal Pinto. 1998 voit également la consécration de deux jeunes chorégraphes lyonnais : Abou Lagraa, et Mourad Merzouki.

En 2000, Les routes de la soie sont l’occasion de faire découvrir au public un autre rapport à la danse, aux traditions avec l’exploration du continent asiatique ou danses traditionnelles ou contemporaines entretiennent une relation intense avec la religion, la spiritualité, la philosophie. Cette Biennale à donné comme images fortes celles du Legend Lin Dance Theater et du Cloud Gate Dance Theater of Taiwan ; elle a révélé le japonais Kim Itoh, le Coréen Hong Sung Yop.

Terra Latina, en 2002, montre un continent à la croisée des chemins entre devenir une colonie nord-américaine ou bien un contrepoids nécessaire, sur le plan économique et culturel.
Cette édition, particulièrement festive, est en avance sur son temps, en programmant des compagnies de danse latines, qui n’avaient alors pas le succès qu’elles ont aujourd’hui. Les cours de danse place des Terreaux, remportent un véritable succès et seront reconduits à chaque Biennale.
Après quelques années de navigations lointaines, la Biennale revient en Europe en 2004, pour affirmer l’existence d’une culture européenne commune. C’est Europa, qui présentera des artistes venus de 21 pays d’une Europe élargie. Cette Biennale voit par ailleurs fortement se développer le plan création, avec plus de 10 premières mondiales. Wayne Mc Gregor et Jan Fabre y font notamment sensation.

En 2006, Danse la ville fait sortir la Biennale de son approche régionale du monde, en embrassant la totalité des continents à travers le prisme de la ville. Dans un monde où plus de 50% de la population vit dans en ville, et où la ville est le cadre de toutes les audaces, toutes les expérimentations, les prises de décision… mais aussi le terrain des conflits, des manifestations, de la violence… La Biennale de Lyon présente des projets issus de 29 cités du monde, autour de 4 axes : les danses urbaines, les villes qui ont la danse au cœur, le rapport chorégraphie / architecture contemporaine, et la danse dans l’espace public.

Pour son 25e anniversaire, 2008, la Biennale sort des thématiques géographiques pour s’interroger sur les questions essentielles du répertoire contemporain, de la transmission, de l’exemplarité, dans une édition intitulée Retour en avant. Retrouvailles avec des chorégraphes qui ont marqué la Biennale (Suzanne Linke, Montalvo-Hervieu), re-créations (le mythique solo Blue Lady transmis par Carolyn Carson à Tero Saarinen, les Petites pièces de Berlin de Dominique Bagouet repris par le Ballet National de Lorraine), artistes travaillant sur les notions d’histoire, de traditions en constante évolution (Olga de Soto, Wen Hui, Matteo Levaggi), sur la matière de l’histoire contre l’oubli (Ong Ken Sen), sur la matière des contes (Preljocaj réinventant Blanche Neige). L’édition de 2008 est par ailleurs un cap important pour la Biennale qui, grâce à la mise en place du Focus Danse et l’explosion du nombre de créations (16 pour cette édition), s’ouvre délibérément vers un public professionnel qui vient en masse.

En 2010, Guy Darmet signe avec Encore! sa dernière Biennale, après avoir été directeur artistique de 14 éditions. Voulue sans thématique, cette dernière édition laisse libre cours au créateur de l’événement pour nous délivrer ses coups de cœur, ses envies, ses passions. C’est le retour d’Alvin Ailey sous la forme de la compagnie des jeunes, Ailey II ; d’Angelin Preljocaj, de Balé de Rua, Deborah Colker. C’est le choc de Salves, la dernière création de Maguy Marin, et celui de Political Mother, de l’israélien Hofesh Shechter. C’est le foisonnement de créations, et notamment de jeunes chorégraphes français, Nasser Martin-Gousset, Olivier Dubois, Denis Plassard. C’est la consécration d’Abou Lagraa qui présente la toute nouvelle Cellule contemporaine du Ballet Algérien et surtout de Mourad Merzouki, dont la dernière création Boxe Boxe est un véritable triomphe. Par ailleurs, l’édition 2010 confirme le statut désormais incontournable de la Biennale dans le monde professionnel, avec une seconde édition de Focus Danse qui s’avère un très grand succès, et un nombre record de créations (17).

2012, première édition sous la direction artistique de Dominique Hervieu met l'accent sur la création, en accueillant 19 créations dont 8 compagnies en résidence à Lyon. La 15e édition est un immense succès avec un taux de fréquentation de 94% et voit émerger la "Fabrique de l'amateur", le laboratoire de pratique amateur de la Biennale ainsi que la fabrique du regard qui donne une place centrale au spectateur.

2014, la Biennale s'articule autour de deux parcours : le cirque, avec trois équipes en création parmi les plus talentueuses au monde, et la performance, en écho à ce qui se passe aujourd'hui sur les plateaux où les artistes reprennent, réactivent, décalent les gestes forts de l'histoire. L'occasion de retrouver l'immense Jan Fabre qui reprend sa pièce fondatrice C'est du théâtre comme c'était à espérer et à prévoir pour un spectacle époustouflant de 8 heures, William Forsythe et son Study#3, La Compagnie XY, collectif d'acrobates renversant, Yoann Bourgeois qui dévoile en première mondiale son dernier spectalce Celui qui tombe, James Thierrée et son univers totalement surréaliste... Un 16e édition qui remporte un véritable succès avec plus de 100 400 spectateurs et 16 000 personnes réunies place Bellecour à l'issue du Défilé pour danser la Samba Tarentelle !

En 2016 la Biennale de la danse propose un festival à la fois populaire et expérimental, avec 43 spectacles dont 23 créations. La danse s’est offerte sous toutes ses formes : néoclassique avec La Belle et la Bête de Thierry Malandain, glamour avec la comédie musicale de Jean-Claude Gallotta et Olivia Ruiz ou encore minimaliste avec Stéréoscopia de Vincent Dupont. L’occasion également de découvrir de grands interprètes comme Cristiana Morganti, Louise Lecavalier, Jonah Bokaer et Olivia Grandville. La 17e Biennale fût un immense succès avec près de 115 000 spectateurs.