Dès 2021, le programme Veduta de la Biennale propose des situations de rencontres, d'échanges et de créations partagées avec 12 territoires (à ce jour) de la métropole lyonnaise et de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Directrice artistique : Isabelle Bertolotti
Responsable de Veduta : Adeline Lépine

Édito 2021

"travailler avec un paradoxe
définir l'insaisissable
visualiser l'invisible
communiquer l'incommunicable
ne pas accepter les limites que la société a acceptées
voir d'une nouvelle manière
(…) être obsédé par la créativité"

(extrait du Manifeste d’Agnès Denes, 1969)

Né de la volonté de faire de la relation entre Art et Territoire un des axes du développement de la Biennale d’art contemporain, le programme Veduta propose des situations de rencontres, d’échanges et de créations partagées qui mettent en dialogue des personnes curieuses, des artistes, des œuvres et des écosystèmes. Chaque projet constitue un rhizome qui se développe à partir d’une pensée collective, transversale, nomade et inventive – qui a pu nous mener par le passé à imaginer des projets aussi divers que peser une île, hybrider des plantes en révolte, chercher les pavés sous la plage ou écouter des œuvres en touchant le fond de la piscine.. !

En continuité avec la 15e Biennale d'art contemporain, dont la production reposait sur une logique de circuit court, la 16eédition, en cours d’écriture par le duo de commissaires Sam Bardaouil et Till Fellrath, s'attache encore davantage à approfondir ces notions de "local" et de "proximité". Ils souhaitent à partir de celles-ci souligner les enjeux culturels, économiques, sociaux et politiques de l’art afin d’ "être" pleinement dans le monde. Le report de la manifestation à 2022, favorise une profusion de projets artistiques qui débutent en amont permettant à Veduta de se déployer sur la durée.

Ces démarches toujours co-fabriquées débutent ainsi dès 2021 avec pour socles la rencontre et la convivialité(1). Elles impliquent proximité, hospitalité puis intimité entre celles et ceux qui se réunissent. Elles agissent selon le pouvoir des liens faibles(2), en associant des personnes qui, souvent, ne se connaissent pas. Ce qui lient celles-ci, c’est la volonté de constituer une "communauté par le faire", la conviction qu'il est nécessaire d'être à nouveau ensemble et le désir de naviguer encore entre intérieur et extérieur. C'est aussi, au bout du compte, la certitude qu'il faut poursuivre l’exercice de la démocratie. Avec ces "outils conviviaux"(3), ce laboratoire expérimental offre alors l’occasion de fabriquer des esthétiques de l'existence et des modalités d'observation de notre époque. Il ne s'agit pas de mener à des conclusions mais plutôt de favoriser une transformation de nos manières de créer et d’agir.

Œuvres voyageuses, artistes en résidence ou expérimentations créatives accompagnent ainsi les questions qui nous traversent : où en sommes-nous désormais ? Quels sont les bruits qui nous parviennent ? Comment transmettre les apprentissages et les histoires que nous avons traversés ? Comment réinvestir les lieux du commun ? Comment renouer avec notre environnement et l’ensemble des vies qui le composent ? Veduta en 2021 est une invitation à une escale temporaire et fertile pour reprendre le voyage que constitue une Biennale et tenter d'initier ensemble des modalités nouvelles de production du commun, pour demain.

Adeline Lépine, responsable de Veduta

1.Soit « l’ensemble des rapports autonomes et créateurs entre les personnes d’une part, et des rapports entre les personnes et leur environnement d’autre part » - Ivan Illich, La convivialité, 1973, réédition au Seuil, Points Essais, 2003
2.Reprise du titre de l’ouvrage de Sandra Laugier et Alexandre Gefen, CNRS Editions, 2020. Les « liens faibles » est une notion forgée par le sociologue américain Mark Granovetter dans les années 70. Il s’agit des liens à d’autres qui s’inscrivent hors de la famille, du travail et de l’amitié, mais qui sont constitutifs d’un partage d’expériences hors de l’espace domestique ou professionnel qui nous définissent comme sujets sociaux. Les liens faibles sont nécessaires à notre sentiment d’appartenance au monde et se sont révélés essentiels en période de confinement.
3.« Outil convivial » au sens d’Illich Op. Cit