Dans le cadre de cette 16e édition de la Biennale, les commissaires Sam Bardouil et Till Fellrath ont fait le choix d'envisager la Ville de Lyon comme un immense terrain de jeux qui peut procurer aux visiteuses et visiteurs l’opportunité de promenades et déambulations multiples au fil des œuvres. Au sein de ce parcours, les pavillons Tony Garnier de la place dite « des Pavillons » occupent une position particulière. A la fois symboles forts du patrimoine architectural lyonnais et traces subsistantes d’une histoire aux multiples facettes, comment peuvent-ils être activés aujourd’hui ? Anciens pavillons des bouchers en lien avec la puissance économique de la ville, ils ont aussi participé de l’exposition internationale de 1914, plaçant alors Lyon comme centre du monde. Ils sont cependant aujourd’hui en situation de fragilité, invisibles et difficilement accessibles, inutilisés pour l’un d’entre eux.

La proposition pour ce pavillon « inhabité » consiste en l’exposition d’une œuvre immersive abordant tout autant des questions de mémoires que de fragilité mais aussi rejouant la notion même de pavillon (caractéristique de la première Biennale historique du monde, celle de Venise, ou des Expositions Universelles). Cette installation vidéo de l’artiste brésilienne Valeska Soares, Folly (2005-2009) crée une impression de « monde parallèle » et fantomatique. Par un système de projections et de miroirs, les spectatrices et spectateurs sont emportés sur la bande son de The Look of Love de Burt Bacharach par un couple de danseurs.

Par sa présence en grande proximité avec le quartier de la Cité Jardin où Veduta est convié à résider et avec les Usines Fagor, l’œuvre-exposition est activable autant par les publics de la Biennale que par les habitant·e·s. Ainsi, Veduta envisage de multiples flâneries autour de cette proposition inédite et attractive qui ont démarrées dès les premiers mois de 2022 par un accompagnement des chorégraphes Mia Habis et Omar Rajeh pour leur projet Walking in Wrinkles à travers Gerland et auprès de personnes âgées du quartier. Au gré des échanges avec les différent·e·s partenaires et habitant·e·s, de multiples formes conviviales et hospitalières convieront les habitant·e·s à « danser » en écho avec les mystérieux hôtes de l’œuvre de Valeska Soares, tel que dans le cadre de l’œuvre Virgo de l'artiste colombien Pedro Gómez-Egaña, performance à la lisière entre la danse, le théâtre et les arts plastiques posant la question du groupe, de la communauté et du vivre ensemble.

Photo : Valeska Soares, Folly, 2005-2009 © Inhotim, Brumadinho, Brazil