L'artiste
Réalisées à partir de tissus domestiques — draps, nappes ou rideaux — qui conservent les souvenirs de la vie quotidienne, les pièces textiles de Gözde Ilkin explorent les questions de mémoire, d’appartenance et d’identité sociale. Les motifs peints et brodés par l’artiste révèlent les formes historiques et contemporaines de pouvoir et de domination, ainsi que les processus de transformation et de destruction de la nature par l’Homme. Inspiré par les théories écoféministes, le travail de Gözde Ilkin invente des formes alternatives de relations entre les êtres vivants, en se concentrant sur les liens de parenté tissés entre les différentes espèces.
L'œuvre présentée à la Biennale
Initié dès 2018, The Majority of Accent (« La majorité de l’accent ») s’élabore comme un patchwork d’histoires, qui confronte poétiquement l’humain et la nature autour du motif de la pierre, qui renferme symboliquement la mémoire de la terre. Inspirée par le passé industriel et l’histoire des usines ferroviaires, l’œuvre retrace différents récits de travail, de lutte et d’amitié à partir de témoignages recueillis auprès d’ancien·nes travailleur·euses du site SNCF. À travers des fragments visuels et sonores de slogans syndicaux, de symboles floraux et animaliers — tel que le bœuf, surnom donné aux ouvrier·ères lorsqu’ils·elles sortaient tel un « troupeau » du technicentre — l’installation de Gözde Ilkin entremêle des souvenirs intimes et des expériences collectives du paysage ouvrier et naturel de La Mulatière. À la croisée de la photographie, de la peinture, de la couture et du son, Majority of Accent tisse des narrations communes et constitue une archive textile alternative des Grandes Locos.
La création en territoire
Dans la continuité des pratiques des chercheurs en écologie alpine de l'Université de Grenoble, sur le territoire qu'elle a accepté d'investir pour le projet de territoires, elle imagine un journal illustré d'observations scientifiques de plantes, afin d'appréhender les phénomènes d'hybridation et de coopération entre les espèces.
Sa résidence auprès de chercheurs spécialistes des écosystèmes montagnards, de guides de haute montagne et d'habitant.es et usager.ères, initie un travail d'observation des espèces naturelles, puis d'échange avec quiconque choisira de se joindre aux moments de rencontre organisés dans le prologement de ses recherches, afin d'envisager un partage commun de la planète avec d'autres formes de vivant.
Restitué à la Biennale de Lyon - notamment sous la forme de podcats réalisés pour construire le projet de territoire - ce travail de recherche donnera également lieu à une exposition à L'Angle, Centre d'art de La-Roche-Sur-Foron (en janvier 2025) et à des projections et rencontres au Cinéma Art et Essai de cette même commune (en octobre 2024).



