Né en 1991 à Wangaratta, Australie
Vit et travaille à Naarm/Melbourne, Australie

Sur dix toiles de coton brut, Matthew Harris peint une grille de 39 000 cellules à la vivianite, un pigment minéral bleu, parfois surnommé « cristal des morts » en raison de sa formation à partir de minéraux libérés par la décomposition de matières organiques. Chaque cellule correspond à l’un des quelques 39 000 objets culturels aborigènes conservés dans des institutions britanniques. Beaucoup ne sont ni photographiés, ni catalogués, ni accessibles au public. Ils ne sont connus qu’à travers des numéros ou des tableaux dont les informations ont été en partie masquées ou supprimées. La grille reprend le langage impersonnel de la classification institutionnelle, mais sa surface peinte à la main échappe à cette rigueur : elle laisse apparaître des irrégularités et s’épaissit par endroits. La réappropriation est au cœur de la pratique de l’artiste, qui retrace la circulation continue des biens culturels des Premiers Peuples à travers les systèmes coloniaux et commerciaux. En donnant une forme matérielle à un décompte institutionnel abstrait, il rend perceptible l’ampleur de la dépossession et présente la reconnaissance comme une première étape vers la réappropriation des patrimoines culturels.

Les questions de valeur, de déplacement, de conservation et de restitution sont au cœur de la pratique de Matthew Harris. À travers la peinture et la sculpture, l’artiste de descendance Koorie et européenne, associe abstraction minimale, références à l’histoire de l’art et au kitsch, produisant des décalages qui déstabilisent les hiérarchies établies de valeur et de goût. Souvent traversé par l’humour et une attention aux histoires matérielles, son travail met en tension visibilité et absence, soulignant les dynamiques complexes de la mémoire culturelle.


La Biennale de Lyon salue les peuples autochtones qui vivent à travers toute l’Australie depuis des temps immémoriaux, leurs Gardiens Traditionnels des Terres et leurs ancêtres, passés et futurs. Nous honorons la diversité et la richesse des pratiques artistiques et culturelles des peuples Premières Nations et nous les reconnaissons comme premiers artistes d’Australie, dont les traditions créatives se sont perpétuées à travers les millénaires et continuent de façonner le paysage culturel australien contemporain.

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