Née en 1978 à Molfetta, Italie
Vit et travaille à Rotterdam, Pays-Bas et à Bruxelles, Belgique

Depuis plus d’une décennie, Rossella Biscotti examine la manière dont les systèmes de classification façonnent notre perception des individus et la façon dont ils sont appréhendés. Sa nouvelle œuvre, Lovers, transpose cette même logique de classification au domaine de l’expérience intime. Au lieu de s’appuyer sur des systèmes institutionnels classant des populations, l’artiste assemble des fragments d’informations tirés de souvenirs et de relations. Les yeux, les oreilles et les bouches sont représentés au fil d’or sur soie, rappelant leur usage historique en tant que symboles de l’autorité politique, qui trouve aujourd’hui un écho dans les technologies de reconnaissance d’images.
Dans la salle adjacente, la série 10 x 10 (2014-2015) traduit des données anonymisées issues du recensement belge en tissus conçus selon le procédé Jacquard. Développé à Lyon, le métier à tisser Jacquard a permis de convertir des motifs tissés en informations codées, jetant ainsi les bases de l’informatique moderne. Des catégories telles que l’âge, le genre, la nationalité et les préférences en matière de couple réapparaissent dans Men 25- 45, où les applications de rencontre reprennent la logique de filtrage du recensement.
Lovers renverse cette logique : l’artiste fragmente puis reconnecte les traces de relations individuelles — des amants platoniques, réels et fictifs, reconstitués à partir de photographies, de souvenirs et d’images trouvées sur Internet, réduits à une simple ligne de fil d’or. Ici, l’amour dépasse l’individu pour s’étendre au monde du travail, à la politique et aux systèmes de valeurs : l’or, historiquement lié à l’autorité religieuse, étatique et militaire, rappelle les traditions textiles où de tels motifs — yeux et oreilles — étaient tissés dans les vêtements des reines et des pachas persans, faisant désormais écho au langage visuel de la visualisation des données par l’IA et de la reconnaissance d’images.

À travers le film, la sculpture, la performance et le son, Rossella Biscotti interroge les récits et les structures de pouvoir. Sa pratique opère comme une forme de reconstruction critique, attirant l’attention sur des histoires marginalisées ou occultées, tout en explorant les liens entre mémoire, témoignage et production de savoirs collectifs.

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